Le radicalisme à la croisée des chemins.

La renaissance de ce site est lié à un contexte particulier de remise en cause de la pérennité d’un courant de pensée au sein de l’organisation qui la portait. Après de longs mois d’inactivité, nous reprenons donc la plume avec l’ensemble des contributeurs qui le désirent afin de faire entendre la voix solidariste et affirmer l’ancrage à gauche du radicalisme.

Il est de coutume de dire dans la science politique comme dans les congrès radicaux qu’il n’est pas de doctrine radicale. On parle plus volontiers de philosophie radicale, d’état d’esprit, parfois de valeurs. En fait, sans doute ferions nous mieux de parler de références. Le discours sur les références radicales ne peut pas être seulement une évocation nostalgique des grandes figures. Il y a une certaine pudeur dans la tradition radicale qui consiste à refuser le dogme au point de cacher le contenu. Nos contributions n’ont pas vocation à révéler « la vérité radicale » – Il y a des lectures diverses de l’histoire des idées et des sources d’inspirations variées – mais doit permettre de remédier à la vacuité du discours actuel. c’est la seule manière de donner une substance au radicalisme. C’est affirmer notre identité, saisir un diagnostic, refonder un projet politique.

Le projet de réunification des radicaux survient dans un séquence politique particulière. Le mi mandat municipal. Et une cuisante défaite de la gauche au national.Celle-ci apparait a posteriori comme inévitable. On ne s’étonne plus qu’elle ait eu lieu, ni au niveau local ni au niveau national. On se réjouit même parfois qu’elle ait été limitée. Et au niveau local on s’ennorgueillit d’avoir vu l’union de la gauche au terme d’une campagne législative quand nous ne sommes pas parvenus à faire cette union pendant cinq ans où nous étions au pouvoir, pendant cinq ans où nous étions majoritaires dans toutes les assemblées.
Faut il se résigner à ne penser la gauche dans son ensemble que lorsque nous affrontons les défaites ? Le Parti radical est un petit parti, c’est aussi le plus vieux de tous, il observe aujourd’hui la déliquescence de ce qui fut un grand parti: le Parti socialiste, incapable comme lui auparavant de saisir les mutations sociales et économiques, ou incapables de dessiner un nouvel horizon politique.

La désaffection qui s’est manifestée à l’égard du Parti socialiste en particulier et de la gauche en général oblige à repenser le rôle et le fonctionnement des organisations. Elle oblige à une lisibilité plus grande des lignes politiques et en même temps à l’animation pleine et entière du pluralisme. La désaffection plus large encore à l’égard des urnes oblige à repenser les modes de gouvernance.
De ces remarques qui relèvent de l’observation politique la plus élémentaire, ne voyez rien d’autre que l’appel à réanimer la flamme du combat et l’ardeur du dévouement.
Ce n’est pas un détour que je fais, lorsque j’insiste sur le fait que la gauche a pu être sanctionnée de ne pas avoir été fidèle au contrat initial. Ou plutôt de ne pas avoir été assez clair sur ce contrat initial. Il y a eu les impensés. Il y a eu les non dit. Il y a eu les non fait. De ce décalage est née une cassure. Une cassure avec les classes populaires et en particulier les plus jeunes. De cette cassure nous ne pouvons nous résigner. Car il ne s’agit pas seulement de bataille électorale. Il s’agit de l’efficience du pacte républicain.

Il y a des conclusions à tirer au niveau local d’une nouvelle manière d’appréhender la politique, le lien avec l’habitant et la gouvernance d’une collectivité. Plus de dialogue, cela ne veut pas dire moins de politique. Au contraire, il faut réaffirmer le rôle du politique. Nous ne sommes pas des techniciens de gestion. Il y a surtout des conclusions à tirer pour refonder la gauche. Le radicalisme y a toute sa place entre les excès de la France Insoumise et ceux d’En Marche. Les radicaux doivent s’enorgueillir de leur indépendance autant que de leur loyauté. La cohésion de la gauche, la force de la gauche, réside sur un point d’équilibre qui a changé au cours de l’histoire et qui est de nouveau en train de basculer. C’est ce point d’équilibre qu’il convient de façonner.

Et si ce ne doit pas être un objectif, cela peut néanmoins être une ambition, participer de cette nécessaire refondation de la gauche.

Description de l’auteur

Jonathan Bocquet

Doctorant en sociologie politique au laboratoire Triangle de l'ENS Lyon.

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