Et si on changeait de République ?

Notre collectif est né il y a quelque temps devant le constat que la politique et notre parti lui-même avaient du mal à se renouveler. Que le changement tant souhaité était compliqué et se heurtait à des inerties propres au système de parti et à des turpitudes qui découragent les plus humbles, et mènent au cynisme ou à la fatalité les plus vaillants.

Notre conviction est faite qu’il faut un nouvel élan républicain. Aussi, avons-nous évidemment été directement interpellés par les thèmes choisis pour ce congrès.

Si les questions sont parfois posées avec malice et si certains enjeux peuvent paraître particulièrement abstraits, nous pensons qu’aborder ces problématiques interrogeant notre système politique actuel est non seulement pertinent mais urgent.

Mais ce forum républicain s’ouvre dans une phase politique qui suit une succession de crises si intenses, diverses et régulières qu’on en vient à se demander si le système politique, tel qu’il est organisé, ne porte pas en lui même les déficiences institutionnelles qui empêchent de mettre en œuvre les politiques publiques qui nous sont nécessaires. La crise est-elle systémique ? Le régime républicain serait-il nécessairement instable ?

Face à l’implacable solidité et stabilité des régimes antérieurs, la République a été bâtie sur d’autres vertus que celles du confort politique : l’esprit critique, la controverse, la possibilité de débat et d’alternance. Ouverte à toutes les expressions même celles qui lui sont hostiles ; bienveillante à l’égard de l’opposition dans laquelle elle s’est forgée ; voire tolérante avec ceux qui la corrompent, elle a souhaité construire l’égalité politique entre tous les citoyens au delà et au dessus des multiples clivages qui innervent notre communauté sociale.

Cette réflexion politique concernant nos institutions fait écho au triste spectacle du délitement du contrat entre la représentation nationale et ses mandants. L’incapacité du politique à dessiner un horizon mobilisateur ou à imprimer la marque de son volontarisme, les dynamiques parlementaires meurtries de l’intérieur, les institutions et leurs acteurs sont remis en cause. La Vème République est directement pointée du doigt.

De là où nous nous exprimons, élus, assistants, militants, nous avons la responsabilité de dire que si elle ne porte pas tous les maux politiques, la Vème république porte effectivement en elle un certain nombre de biais qui tronquent l’espace public.

Pour une sixième république, le débat court depuis quelque temps et semble aujourd’hui recevoir un nouvel écho, partisan et citoyen.
De plus en plus d’acteurs politiques et de citoyens venus d’horizons divers la réclament. Mais sur quoi sont-ils d’accords sinon sur leur opposition avec la Vème République ? Combien cette dernière a-t-elle compté de détracteurs ? Certains parmi les plus virulents s’en sont pourtant bien accommodé à leurs époques, tel que François Mitterand qui dénonçait le coup d’Etat permanent.

L’Histoire nous permet de mesurer la fragilité et l’audace de l’idée républicaine. Le laborieux XIXème siècle qui aboutit à une troisième République aussi improbable qu’elle fut finalement durable, mais qui avait su s’imposer comme modèle au-delà des circonstances parce qu’elle avait su ancrer un horizon politique, un message, un sens. C’était le radicalisme.

Aujourd’hui, il faut donc prendre au sérieux les appels à la VIème République et ne pas considérer cela comme un étendard fugace, dont il serait d’autant plus opportun et facile de se draper que cela n’engage à rien tant elle n’est pas définie. Aussi nous saisissons nous de cette question et tentons-nous dans ce livret de contribution d’y répondre à travers quelques-unes des thématiques qui nous ont été soumises.

Parce que le fait constitutionnel, s’il peut être abscons ou maladroitement technicisé est, par essence, l’outil qui fédère et qui lie initialement les citoyens au sein d’une communauté qui est la leur.

Une fois n’est pas coutume, citons le socialiste Jaurès : « Instituer la République, c’est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d’esprit pour s’occuper de la chose commune. » Jaurès, discours à la jeunesse, Albi, 1903

Penser la République, c’est constituer une organisation humaine fondée sur les liens de solidarité, où l’individu émancipé de ses déterminants sociaux par l’éducation n’en est pas moins structurellement lié à l’ensemble des autres individus. Penser la République, c’est élaborer un système légal, mais c’est aussi une méthode intellectuelle, une posture morale et un horizon politique garantissant l’égalité des chances et la liberté substantielle.

Si une nouvelle République, il doit y avoir, elle doit être une nouvelle étape, une nouvelle intensité dans l’application de ses principes.

Au delà de notre Nation, elle doit être la poursuite d’une intégration européenne qui s’oblige à construire une communauté politique intégrant les orientations économiques dans un modèle de développement inclusif. L’application de cette évidente promesse, autant avancée que repoussée, est la seule solution concrète pour éviter un rejet toujours croissant d’une ambition qui nous est chère, mais qui ne s’imposera pas contre l’aspiration sociale populaire.

Elle doit aussi, dans l’indivisibilité de nos exigences républicaines, être celle de l’achèvement d’une décentralisation qui soit réellement démocratique et inclusive et qui permette de prendre en compte de manière optimale des dynamiques spécifiques qui constituent les modes de vie des territoires et de la diversité des hommes et des femmes qui y sont présents.

Mais en plus de sa dimension de citoyenneté, elle doit surtout être l’occasion de réaffirmer nos ambitions de démocratie économique et sociale afin que nos valeurs ne restent plus des promesses juridiques, des incantations bienfaisantes et trouvent leur application concrète dans les domaines de vie ordinaire de la vie des citoyens.

Enfin, et en somme, une sixième République doit consacrer en développant, pour reprendre le concept d’Amartya Sen, les capabilités , le pouvoir d’agir citoyen. Informés, sensibilisés, ou experts ordinaires, ils sont les acteurs qui contribuent, souvent trop peu écoutés et peut-être écartés, à reformuler des analyses et des compromis collectifs pertinents. Faire vivre la démocratie, faire vivre la res publica, simplement, avec des actes qui engagent, c’est ça être un homme ou une femme politique.

Jonathan Bocquet, contribution Pour Un Nouvel Elan Républicain

Description de l’auteur

Jonathan Bocquet

Doctorant en sociologie politique au laboratoire Triangle de l'ENS Lyon.

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