Célestin Bouglé, le sociologue

Célestin Bouglé, le sociologue

Célestin Charles Alfred Bouglé, né à Saint-Brieuc en 1870 et décédé à Paris en 1940, est un philosophe et sociologue français. Professeur de sociologie à la Sorbonne en 1901 et plus tard directeur de l’École normale supérieure (à partir de 1935), Célestin Bouglé est clairement marqué par le positivisme triomphant de son époque. Plus que ça, il l’incarne et le promeut notamment au travers de la sociologie naissante. L’analyse de la société le conduit à considérer la République comme le régime du progrès puisqu’il a pour fondement une morale laïque et libérale, les conditions de l’émancipation et du progrès de l’esprit humain. La République libère l’individu de ses déterminants. Il sera un membre éminent du Parti radical, membre de la Ligue des droits de l’Homme , proche de l’Union rationaliste et de la Franc-Maçonnerie. Ses combats politiques sont aujourd’hui aussi oubliés que sa contribution à la sociologie est méconnue. Pourtant, leurs cohérences fait de lui l’un des penseurs du républicanisme.
Bouglé était un combattant. Sportif accompli, il maitrisait notamment l’art de l’escrime, ce qui à l’époque était plus prudent compte tenu de la propension qu’avaient les divergences politiques à finir en duel. Son art oratoire était lui aussi un art du duel. Sa sociologie était déjà un « sport de combat ».


Il est impossible de comprendre Célestin Bouglé en faisant l’économie d’une lecture attentive de sa sociologie. Contrairement à Durkheim, Bouglé tout en affirmant l’unité des sciences de la nature et des sciences sociales, s’attache à considérer l’intentionnalité des acteurs et à s’intéresser donc aux objectifs qu’ils poursuivent.

Son engagement dans l’affaire Dreyfus est une bataille infatigable propagandiste de la conception durkheimienne du lien social contre la sociologie naturaliste. Il combat ainsi résolument l’utilisation des données biologiques dans l’explication du comportement humain et rejette en bloc la philosophie des races qu’il n’a de cesse de déconstruire. Il ne rejette pas les faits attestés par les anthroposociologues. Mais, au déterminisme de race et de loi de puissance, Bouglé s’inscrit alors dans la tradition solidariste mettant en avant le lien qui unit les individus dans la société. La sociologie doit mettre à jour les déterminants culturels et sociaux et guider ainsi les principes moraux. Pour Bouglé, en quelque sorte, la sociologie est la science de la République, de son idéal démocratique et émancipateur.

“L’égalité des droits et non l’égalité des facultés : prescription non constatation” (Bouglé, 1897, 453).
La reconnaissance des différences, c’est à dire des inégalités potentielles (voire des inégalités de potentiel), est le point de départ de l’affirmation de la nécessaire inégalité des droits. Nous voyons ici un écho à l’idéal républicain selon Louis Blanc : « L’égalité des chances de réalisation de potentiels inégaux ». C’est donc la reconnaissance de l’importance des différences individuelles qui rend impérativement nécessaire l’égalité des droits. S’il faut refuser les préjugés, en particulier les préjugés raciaux, il faut néanmoins reconnaitre la singularité de chaque expérience et donc les différences entre les individus. L’égalitarisme réside dans l’humanité mais ne dénie pas l’individu. “le sentiment de la valeur propre à l’individu nous paraît être un élément essentiel des idées égalitaires […] Le respect du genre humain ruine celui de la caste, mais non celui de la personnalité. […] L’idée de la valeur commune aux hommes n’écarte nullement mais appelle au contraire l’idée de la valeur propre à l’individu » (Bouglé 1899a, 25).

Description de l’auteur

Jonathan Bocquet

Doctorant en sociologie politique au laboratoire Triangle de l'ENS Lyon.

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